Le Haut Atlas après le séisme de 2023 : ce qui a été reconstruit et comment le visiter en 2026
Trois ans après le séisme du 8 septembre 2023 : les chiffres officiels de la reconstruction, l'état d'Imlil, du Toubkal et de Tinmel, et comment voyager en aidant.
Par Ismail7 min de lecture
Trois ans après le séisme du 8 septembre 2023, le Haut Atlas est ouvert aux visiteurs : la route d'Imlil, les sentiers, le refuge du Toubkal et les gîtes des villages fonctionnent, et environ neuf logements endommagés sur dix ont été reconstruits. La reconstruction n'est pas terminée pour autant : des milliers de maisons, d'écoles et de mosquées sont encore en chantier, et la mosquée de Tinmel, du XIIe siècle, est toujours en restauration. Voici où en sont les choses fin 2026, et comment découvrir l'Atlas d'une manière qui aide vraiment.
Que s'est-il passé le 8 septembre 2023 ?
À 23 h 11, heure locale, un séisme de magnitude 6,8 (selon l'USGS) a frappé le Haut Atlas. L'épicentre se trouvait dans la commune d'Ighil, province d'Al Haouz, à environ 70 km au sud-ouest de Marrakech. Le bilan du gouvernement a atteint 2 960 morts, et plus de 5 600 personnes ont été blessées. Les provinces d'Al Haouz et de Taroudant ont compté la plupart des victimes, et des villages des provinces de Chichaoua, Ouarzazate et Azilal ont aussi été touchés.
Les villages de montagne, souvent bâtis en pierre et en terre sur des pentes raides, ont subi le plus gros des dégâts. Parmi les lieux les plus éprouvés figurent ceux de la route du col du Tizi n'Test, autour de Talat N'Yaaqoub et de Tinmel. Au total, quelque 60 000 logements ont dû être reconstruits ou réhabilités. À Marrakech, le minaret de la petite mosquée Kharbouch, sur la place Jemaa el-Fna, s'est effondré, et de vieilles maisons de la médina ont été endommagées.
Où en est la reconstruction en 2026 ?
Moins de deux semaines après le séisme, l'État a annoncé un programme sur cinq ans, aujourd'hui doté de 120 milliards de dirhams (environ 11 milliards d'euros) pour 2024-2028, qui concerne quelque 4,2 millions d'habitants. Les familles ont reçu 140 000 dirhams (environ 13 000 €) pour reconstruire une maison détruite, ou 80 000 (environ 7 500 €) pour réparer une maison endommagée, versés par tranches, ainsi que 2 500 dirhams (environ 230 €) par mois pendant un an.
Voici les derniers chiffres officiels que nous avons trouvés :
| Quoi | Chiffre | Date |
|---|---|---|
| Logements achevés | 54 425, et plus de 3 000 encore en construction | mars 2026 |
| Programme de logement | environ 91 % réalisé, quelque 5 100 chantiers encore ouverts | fin août 2026 |
| Familles ayant reçu l'aide mensuelle d'urgence | plus de 63 000 | mars 2026 |
| Écoles | 372 sur 1 718 achevées, 1 090 en chantier | mars 2026 |
| Centres de santé | 110 rouverts, 37 en reconstruction | mars 2026 |
| Mosquées | 1 239 rouvertes sur 2 217 endommagées | septembre 2025 |
| Hôtels et autres hébergements touristiques | 235 rouverts | mars 2026 |
Les chiffres de mars viennent d'une réunion gouvernementale tenue le 17 mars 2026, ceux d'août de la note de présentation du projet de loi de finances 2027. Les deux documents ne comptent pas tout à fait de la même façon, donc leurs totaux ne coïncident pas exactement, mais le tableau est le même : environ neuf logements sur dix sont terminés, et les écoles comme les mosquées ont pris plus de retard.
Toutes les familles ne sont pas encore chez elles. En mars 2025, les autorités recensaient encore 3 211 tentes dans la province d'Al Haouz, contre 35 500 au départ, et la presse décrivait des familles qui y vivaient depuis 17 mois. En septembre 2025, le coordinateur du programme à Al Haouz a annoncé que les dernières tentes avaient été démontées. À l'été 2026, des associations de sinistrés affirmaient que certains foyers attendaient encore une partie de l'aide prévue, ou vivaient dans des maisons inachevées.
Imlil, le Toubkal et les vallées aujourd'hui
Imlil s'en est mieux sorti que les villages les plus touchés, comme l'ont rapporté sur le moment des établissements du village, mais des maisons ont été endommagées tout au long de la vallée. La route a rouvert en quelques jours. Moins de deux semaines après le séisme, les guides de montagne du village dégageaient les sentiers du Toubkal pour que les visiteurs puissent revenir, et dès décembre 2023, les alpinistes dormaient de nouveau au refuge sous le sommet.
Le coup le plus dur est venu ensuite : les semaines suivant le séisme, d'ordinaire une période chargée, n'ont amené presque aucun visiteur étranger, et avec eux ont disparu les revenus des guides, des muletiers, des gîtes et des petits restaurants. Cela a changé. À l'été 2026, la presse marocaine décrivait un Imlil qui accueille de nouveau visiteurs marocains et étrangers, dans un village dont les habitants vivent largement du tourisme.
Sur la route qui monte par Asni et sur les chemins entre les hameaux, on traverse un paysage en reconstruction. Beaucoup de familles ont reconstruit en béton : des maisons neuves et enduites côtoient les anciennes en pierre et en terre, et l'on passe devant quelques chantiers. Imlil est à environ une heure et demie de Marrakech, et les vallées tiennent donc facilement dans une excursion d'une journée dans l'Atlas depuis Marrakech. Si vous voulez grimper, le séisme n'a rien changé aux règles : un guide agréé est obligatoire, comme nous l'expliquons dans notre guide pour gravir le Toubkal.
Une route reste incertaine. La R203, qui franchit le col du Tizi n'Test vers Taroudant, a été coupée par des éboulements en 2023 et, selon des récits de voyageurs, était encore un long chantier en 2025. Nous n'avons trouvé aucune information fiable sur son état en 2026 : interrogez-nous avant de prévoir de l'emprunter.
La montagne a aussi enfin connu un hiver pluvieux : le Maroc a déclaré la fin de sept années de sécheresse en janvier 2026, et nous expliquons ce que cela change pour les rivières et la neige dans Le Maroc après la sécheresse.
Est-ce dangereux de visiter l'Atlas aujourd'hui ?
Non, avec les précautions habituelles en montagne. Le Foreign Office britannique ne déconseille pas de se rendre dans la région : ses conseils aux voyageurs pour le Maroc citent les séismes comme un risque général dans le pays et recommandent un guide professionnel pour randonner dans l'Atlas. De petites secousses se produisent encore : le 3 septembre 2025, un séisme de magnitude 4,6 centré sur Talat N'Yaaqoub a été ressenti jusqu'aux environs de Marrakech, sans dégâts signalés. Au quotidien, la météo, la neige en hiver et l'altitude comptent davantage.
La mosquée de Tinmel et les monuments endommagés
La mosquée de Tinmel, construite par les Almohades au XIIe siècle à une centaine de kilomètres de Marrakech, est le monument le plus connu touché par le séisme. Elle était à mi-parcours d'une restauration de 18 mois quand la secousse a abattu son minaret et ses murs extérieurs et rempli de gravats la salle de prière. En 2024, les équipes ont trié les décombres arc par arc pour réemployer le plus possible de briques et de décors sculptés d'origine. Les travaux ont repris en 2025 avec une nouvelle entreprise, financés par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, en commençant par consolider les murs et les piliers restés debout. Aucune date de réouverture n'a été annoncée, et rien de ce que nous avons trouvé n'indique que l'on puisse visiter l'intérieur.
Au-delà de Tinmel, des chantiers de restauration étaient en cours sur 64 sites historiques et archéologiques en mars 2026. À Marrakech, un échafaudage a été monté sur la mosquée Kharbouch moins de deux semaines après le séisme ; nous n'avons trouvé aucune annonce officielle sur l'achèvement de son minaret.
Faut-il y aller ? Comment votre voyage aide
Oui, et les villages comptent dessus. Autour d'Imlil, une grande partie de la population vit du tourisme, comme guides, muletiers, cuisiniers, propriétaires de gîtes ou artisans. Pour que votre argent reste dans la vallée :
- Prenez un guide de la vallée. Pour le Toubkal, c'est de toute façon obligatoire ; pour une balade d'une journée, c'est le revenu d'une famille.
- Dormez dans un gîte de village plutôt que de monter et redescendre pour une photo.
- Mangez chez l'habitant. Lors de notre journée à Imlil, le déjeuner se prend dans la famille de notre guide, et notre cours de cuisine dans une maison berbère a lieu dans un village de montagne.
- Achetez aux coopératives. 180 coopératives locales ont reçu des fonds pour se remettre en état et se rééquiper après le séisme, et leur acheter directement est l'une des façons les plus simples d'aider.
Et quelques règles de savoir-vivre, qui comptent ici plus qu'ailleurs :
- Demandez avant de photographier quelqu'un, et ne photographiez pas les maisons abîmées, les tentes ou les familles comme s'il s'agissait d'une curiosité.
- Habillez-vous sobrement dans les villages, épaules et genoux couverts.
- Si vous voulez donner davantage, passez par une association reconnue qui travaille dans la région plutôt que de distribuer de l'argent ou des bonbons.
Notre conseil
Partez avec un guide de la vallée. Il sait quels sentiers ont changé depuis le séisme et où sont les chantiers, et c'est lui que votre visite fait vivre. Notre excursion à Imlil et notre trek du Toubkal en 4 jours sont menés par des guides locaux : écrivez-nous sur WhatsApp pour connaître les conditions avant de partir.

