Quelle langue parle-t-on au Maroc ? Darija, amazigh, français et anglais
La plupart des Marocains parlent darija, un quart utilise une langue amazighe, et le français ouvre beaucoup de portes. Les chiffres du recensement 2024 et quelle langue utiliser où.
Par Ismail9 min de lecture
Au quotidien, les Marocains parlent la darija, l'arabe marocain, et environ un sur quatre utilise aussi une langue amazighe (berbère). L'arabe et l'amazigh sont les deux langues officielles, le français reste la langue des banques, des affaires et de l'université, et l'anglais suffit pour un séjour à Marrakech ou un circuit organisé. Dans le Nord, beaucoup de gens comprennent aussi l'espagnol.
Voici les chiffres du recensement de 2024, à quoi ressemble chaque langue, à l'oral comme à l'écrit, et laquelle utiliser selon l'endroit, par une équipe qui travaille dans la médina, dans la montagne et dans le désert.
Les langues du Maroc en chiffres
Le recensement mené par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) en septembre 2024 a compté 36,8 millions d'habitants et leur a demandé quelles langues ils utilisent au quotidien, et lesquelles ils savent lire et écrire. Les premiers résultats donnent ce tableau :
| Langue | Recensement 2024 | Où l'entendre | Utile au voyageur ? |
|---|---|---|---|
| Darija (arabe marocain) | utilisée au quotidien par 91,9 % | partout | quelques mots font beaucoup |
| Amazigh (tachelhit, tamazight, tarifit) | utilisé au quotidien par 24,8 % | Atlas, Sud, Rif | un bonjour fait plaisir |
| Français | lu et écrit par 57,7 % des alphabétisés | villes, banques, menus, panneaux | oui, en ville |
| Anglais | lu et écrit par 20,5 % des alphabétisés | hôtels, riads, guides | oui, à Marrakech et en circuit |
| Espagnol | lu et écrit par 1,2 % des alphabétisés | le Nord | à Tanger et Tétouan |
| Hassania | utilisée au quotidien par 0,8 % | le Sud saharien | rarement nécessaire |
Attention, ce tableau mêle deux types de chiffres. La darija, l'amazigh et la hassania sont des langues d'usage quotidien. Le français, l'anglais et l'espagnol ont été mesurés comme compétences de lecture et d'écriture chez les personnes alphabétisées de 10 ans et plus, soit environ trois sur quatre dans cette tranche d'âge ; la pratique orale du français ou de l'anglais n'a pas été mesurée.
La darija, la langue de tous les jours
La darija est l'arabe du Maroc, la langue des taxis, des souks et de la vie de famille : 91,9 % des habitants l'utilisent au quotidien, 96,3 % en ville et 84,5 % à la campagne. C'est de l'arabe à la base, façonné par un long contact avec l'amazigh, puis avec l'espagnol et le français. Une clé se dit sarut, mot d'origine amazighe ; une fourchette, forshita, du français ; une roue, rwida, de l'espagnol rueda.
La darija n'est pas l'arabe du journal télévisé. L'arabe standard moderne, la fusha, est la langue des manuels scolaires, des journaux, des documents officiels, des informations et du prêche du vendredi. Les Marocains scolarisés le comprennent, mais personne ne marchande en fusha. Et la compréhension va surtout dans un sens : les Marocains ont grandi avec les films égyptiens et les séries du Moyen-Orient et suivent en général l'arabe oriental, alors que les visiteurs du Caire ou de Beyrouth ont souvent du mal avec la darija au début, avec ses voyelles avalées et son vocabulaire local.
La darija est d'abord une langue parlée. Par SMS, beaucoup de Marocains l'écrivent en lettres latines, avec des chiffres pour les sons arabes sans équivalent : 3 pour le ʿayn guttural, 7 pour un h fortement expiré. 3afak sur un téléphone veut donc dire « s'il te plaît ». Pour les mots utiles, des salutations aux chiffres pour le souk, voyez notre lexique d'arabe marocain pour voyageurs.
L'amazigh (berbère) : tachelhit, tamazight et tarifit
L'amazigh, longtemps appelé berbère, était parlé en Afrique du Nord avant l'arrivée de l'arabe. Depuis 2011, l'article 5 de la Constitution marocaine en fait une langue officielle aux côtés de l'arabe, patrimoine commun de tous les Marocains. Une loi organique promulguée en septembre 2019, la loi 26-16, organise son entrée dans l'école, l'administration, les médias et l'espace public, par étapes, sur cinq à quinze ans.
Au recensement de 2024, 24,8 % des habitants déclarent utiliser une langue amazighe au quotidien : 33,3 % à la campagne, 19,9 % en ville. Elle compte trois grandes variantes, chacune avec sa région :
| Variante | Recensement 2024 | Où on la parle | Sur un voyage classique |
|---|---|---|---|
| Tachelhit | 14,2 % | Haut Atlas occidental, Anti-Atlas, Souss | Imlil, Toubkal, vallée de l'Ourika, Agadir |
| Tamazight | 7,4 % | Moyen Atlas, Haut Atlas central et oriental, oasis du Sud-Est | Aït Bouguemez, Dadès et Todra, Jbel Saghro, autour de Merzouga |
| Tarifit | 3,2 % | le Rif, le long de la Méditerranée | Al Hoceïma, Nador |
Le recensement ne compte que l'usage quotidien : les personnes qui savent parler amazigh mais déclarent ne pas l'utiliser tous les jours n'apparaissent pas. Des associations amazighes, dont l'AMREC, ont estimé en décembre 2024 que ces chiffres sous-évaluent le nombre de locuteurs, surtout en ville ; le HCP a défendu sa méthode, conforme selon lui aux recommandations de l'ONU. Sur le terrain, la plupart des adultes que vous croiserez dans les villages amazighophones parlent aussi la darija.
Pour l'histoire et la culture derrière la langue, lisez notre guide du peuple amazigh au Maroc.
Le tifinagh : l'alphabet des panneaux
Levez les yeux vers une mairie, une école ou un panneau routier récent : à côté de l'arabe et du français, une troisième écriture faite de cercles, de traits, de points et de croix. C'est le tifinagh, l'alphabet amazigh. Il descend de l'ancienne écriture libyco-berbère, et les Touaregs du Sahara en utilisent toujours une forme traditionnelle. Sa lettre la plus connue est le ⵣ (yaz), le symbole rouge au centre du drapeau amazigh.
Le Maroc a créé l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) en 2001, et une forme moderne standardisée, le néo-tifinagh, a été adoptée en 2003 pour écrire l'amazigh. La loi 26-16 l'a confirmée et impose l'amazigh à côté de l'arabe sur les panneaux routiers et les façades des bâtiments publics. Peu de gens le lisent encore : en 2024, seuls 1,5 % des Marocains alphabétisés déclarent savoir lire et écrire l'amazigh en tifinagh. D'où ces panneaux à deux ou trois écritures, comme celui d'Asni sur notre photo, sur la route de Marrakech à Imlil : arabe, tifinagh, puis français.
Le français : la deuxième langue des affaires
La France a exercé un protectorat sur la plus grande partie du Maroc de 1912 à 1956, et le français est resté. Il demeure la langue de travail des banques, des grandes entreprises, d'une bonne partie de l'administration et de l'enseignement supérieur, et on le lit sur les menus, les devantures et les panneaux. Au recensement de 2024, 57,7 % des Marocains alphabétisés déclarent savoir lire et écrire le français : 64,3 % en ville, 42,1 % à la campagne.
Si vous parlez français, vous serez compris dans la plupart des hôtels, boutiques, restaurants et taxis de Marrakech, Fès ou Casablanca ; dans les villages de montagne, beaucoup moins.
L'espagnol dans le Nord
L'Espagne a exercé un protectorat sur le nord du Maroc, ainsi que sur la bande de Tarfaya au sud, à partir de 1912. Elle a rendu le Nord en 1956, Tarfaya en 1958 et son enclave de Sidi Ifni en 1969. L'espagnol reste largement compris à Tétouan et à Tanger, à une courte traversée de l'Espagne. Ailleurs, il est rare : seuls 1,2 % des Marocains alphabétisés déclarent le lire et l'écrire. Si vous montez vers le Nord, notre article Chefchaouen vaut-elle le détour ? présente la ville bleue.
La hassania dans le Sud saharien
La hassania est le dialecte arabe du Sud saharien, et aussi la principale langue parlée en Mauritanie. Le recensement compte 0,8 % d'habitants qui l'utilisent au quotidien, surtout dans les provinces du Sud, et l'article 5 de la Constitution engage l'État à la préserver comme composante de la culture marocaine. Vous n'en aurez guère besoin lors d'un voyage depuis Marrakech : autour de Merzouga et de Zagora, on parle darija et amazigh.
L'anglais : jusqu'où peut-on aller avec ?
De plus en plus loin. Au recensement de 2024, 20,5 % des Marocains alphabétisés déclarent savoir lire et écrire l'anglais : 25,2 % en ville et 9,6 % à la campagne. L'anglais a été introduit au collège par étapes à partir de 2023-2024, et le ministère de l'Éducation nationale a prévu sa généralisation à tous les collèges à la rentrée 2025-2026 : attendez-vous à en entendre davantage chez les jeunes.
En pratique :
- Riads, hôtels, guides agréés, la plupart des restaurants et beaucoup de boutiques de la médina de Marrakech : l'anglais passe.
- Chauffeurs de petits taxis, petits cafés, épiceries, gares routières : c'est aléatoire ; quelques mots de français ou de darija aident.
- Villages de l'Atlas et du Sud : inégal, sauf avec les personnes qui travaillent avec les visiteurs.
Sur nos circuits de plusieurs jours, comme le circuit de 5 jours de Marrakech à Merzouga, votre chauffeur-guide parle anglais et prend la parole quand il le faut. Dans la médina, un guide privé à Marrakech discute avec les marchands pendant que vous regardez.
Quelle langue utiliser ?
- Partout : commencez par salam (bonjour) ou salam alaykoum, puis continuez en français ou en anglais. La plupart des gens passent à la langue dans laquelle vous répondez.
- Taxis : ayez le nom de votre riad et de son quartier écrit, idéalement aussi en arabe ; le personnel du riad peut en général vous l'écrire.
- Souks : la plupart des marchands des grands souks de Marrakech parlent un peu d'anglais et de français, et quelques chiffres en darija aident pour marchander.
- Villages de l'Atlas : autour d'Imlil, la langue de la maison est le tachelhit. Azul (bonjour) et tanmirt (merci) font plaisir, et le choukrane de la darija est compris partout. Lors de notre excursion d'une journée à Imlil et dans l'Atlas, le déjeuner a lieu dans la famille de notre guide : l'occasion d'essayer ces deux mots.
- Le désert : autour de Merzouga, vous entendrez la darija et le tamazight ; en circuit, votre chauffeur-guide fait le lien.
- Applications de traduction : Google Traduction a ajouté le tamazight, en lettres latines et en tifinagh, en 2024, mais ne propose pas d'arabe marocain à part : son arabe est la langue standard, utile pour lire un panneau, raide dans une conversation. Pour échanger via une application, le français reste le pont le plus sûr.
FAQ
L'arabe marocain, c'est le même arabe ?
C'est une variété d'arabe, mais pas l'arabe standard. Les Marocains lisent et écrivent l'arabe standard moderne et parlent la darija, avec sa propre prononciation et beaucoup de mots empruntés.
Peut-on se débrouiller en anglais à Marrakech ?
Oui. Marrakech parle d'abord darija, mais riads, hôtels, guides et la plupart des restaurants et boutiques de la médina se débrouillent en anglais. Gardez votre adresse écrite pour les taxis.
Le berbère est-il une langue ?
Oui. L'amazigh, son nom officiel, est l'une des deux langues officielles du Maroc, avec trois grandes variantes parlées : le tachelhit, le tamazight et le tarifit.
Faut-il parler français au Maroc ?
Non. Le français aide en ville et pour les démarches, mais l'anglais suffit pour des vacances à Marrakech ou un circuit organisé. Et si vous le parlez, vous serez souvent plus à l'aise qu'en anglais.
Si c'est votre premier voyage, notre article à savoir avant de partir au Maroc couvre le reste des questions pratiques. Et pour une question de langue sur un circuit précis, écrivez-nous sur WhatsApp.

