Qui sont les Amazighs (Berbères) du Maroc ? Guide de la culture amazighe pour voyageurs
Qui sont les Amazighs, longtemps appelés Berbères, où vivent-ils au Maroc, quel nom employer, que signifie leur drapeau et que verrez-vous de leur culture en voyage.
Par Ismail9 min de lecture
Les Amazighs (Imazighen dans leur langue), longtemps appelés Berbères, sont le peuple autochtone de l'Afrique du Nord, installé ici des milliers d'années avant la conquête arabe. Au Maroc, environ un habitant sur quatre utilise une langue amazighe au quotidien (24,8 % au recensement de 2024), et l'héritage amazigh traverse tout le pays, du Rif au Sahara. Les Amazighs font pleinement partie de la société marocaine, sont très majoritairement musulmans et parlent presque tous aussi la darija, l'arabe marocain.
Lors d'un voyage depuis Marrakech, vous entendrez « berbère » toute la journée : villages berbères, thé berbère, camps berbères. Voici qui sont les gens derrière l'étiquette, où ils vivent, comment les nommer et ce que vous verrez vraiment de leur culture, par une équipe de Marrakech dont les journées en montagne sont menées par des guides des vallées.
Amazigh ou berbère ?
Le mot berbère remonte au grec barbaros, qui désignait tous ceux dont la langue sonnait étrangère, et nous est parvenu par l'arabe barbar. On l'emploie encore partout, au Maroc aussi : le musée des arts amazighs du Jardin Majorelle, à Marrakech, s'appelle le musée Pierre Bergé des Arts berbères. Mais c'est un nom donné de l'extérieur, et beaucoup d'Amazighs le trouvent chargé, voire péjoratif.
Amazigh est leur propre nom, souvent traduit par « homme libre » ou « homme noble ». Les spécialistes débattent encore de son origine, mais c'est le sens que lui donnent beaucoup d'Imazighen. La langue s'appelle le tamazight. Dans ce guide, nous disons amazigh et ajoutons berbère quand cela aide, car c'est le mot que la plupart des voyageurs recherchent. Amazigh est toujours le choix respectueux, et vous entendrez quand même « berbère » dans la bouche de Marocains qui parlent français ou anglais.
Dans les villages, on nomme d'ailleurs plutôt sa propre communauté. Aït (ou Ayt) signifie « les fils de » ou « les gens de » : les Aït Atta du Jbel Saghro font remonter leur lignée à un ancêtre, Dadda Atta, et les Aït Khebbach du Tafilalet sont « les gens de Khebbach ».
Où vit le Maroc amazigh
Les langues amazighes sont les plus présentes dans les montagnes et le Sud, dans trois grandes régions. Elles ne sont pas que rurales pour autant : au recensement de 2024, environ un citadin sur cinq utilisait une langue amazighe au quotidien, et un rural sur trois.
| Région | Langue | Où vous la croisez sur nos voyages |
|---|---|---|
| Haut Atlas occidental, Anti-Atlas, Souss | tachelhit | Asni, Imlil et les vallées du Toubkal, la vallée de l'Ourika, Agadir |
| Moyen Atlas, Haut Atlas central et oriental, oasis du Sud-Est | tamazight | les forêts de cèdres entre Fès et le désert, les gorges du Dadès et du Todra, le Jbel Saghro, la région de Merzouga |
| Le Rif, au nord | tarifit | Al Hoceïma et Nador, hors de nos itinéraires habituels |
Les frontières s'estompent là où les régions se rejoignent. La vallée des Aït Bouguemez, point de départ de notre trek du M'Goun, se trouve près de la rencontre du tamazight et du tachelhit. Le Jbel Saghro est le cœur du pays aït atta, et autour de Merzouga et de l'oasis du Tafilalet vivent les Aït Khebbach, une branche des Aït Atta dont les femmes tissent des tapis aux couleurs vives, aux côtés de familles arabophones établies de longue date.
Un peu d'histoire
Les peuples amazighs vivaient dans toute l'Afrique du Nord depuis des milliers d'années quand les armées arabes sont arrivées, à partir de la fin du VIIe siècle. L'islam s'est diffusé parmi les communautés amazighes au fil des générations suivantes, et quand Tariq ibn Ziyad passa en Espagne en 711, donnant son nom à Gibraltar (Jabal Tariq, la montagne de Tariq), son armée était en majorité amazighe.
Deux des grandes dynasties du Maroc étaient amazighes. Les Almoravides, des Berbères Sanhaja venus du Sahara, ont fondé Marrakech vers 1070 ; les Almohades, issus des Masmouda du Haut Atlas autour de Tinmel, ont bâti la mosquée de la Koutoubia. Dynasties, kasbahs et ksour ont leur propre rubrique dans nos guides histoire et architecture. Des communautés juives ont aussi vécu pendant des siècles dans les villages de l'Atlas et du Sud, certaines parlant amazigh à la maison, jusqu'à ce que la plupart émigrent dans les années 1950 et 1960.
La langue et l'alphabet tifinagh
Les trois grandes variantes amazighes du Maroc, tachelhit, tamazight et tarifit, sont traitées par l'État comme une seule langue, le tamazight, officielle aux côtés de l'arabe depuis la Constitution de 2011. Depuis 2003, elle s'écrit en tifinagh, l'alphabet de cercles, de traits et de points que vous voyez sur les mairies et les panneaux routiers, et une forme standard est enseignée à l'école. Pour les chiffres du recensement et quelle langue parler où, lisez notre guide sur les langues parlées au Maroc.
Le drapeau amazigh et le symbole ⵣ
Trois bandes horizontales, bleue, verte et jaune, avec un signe rouge au centre : c'est le drapeau amazigh. On lit généralement ses couleurs comme la terre des Imazighen : le bleu pour la mer, le vert pour les montagnes et les terres fertiles, le jaune pour le désert. Le signe rouge est ⵣ, le yaz, la lettre tifinagh du « z » d'amazigh, et donc un symbole de « l'homme libre ».
Le drapeau est né du mouvement culturel amazigh. On l'attribue en général à l'Académie berbère de Paris, vers 1970, et il a été adopté par le Congrès mondial amazigh à Tafira, aux Canaries, le 30 août 1997. Au Maroc, vous verrez le yaz sur des pendentifs en argent, des tapis, des t-shirts et des fresques, et le drapeau agité lors des concerts et des festivals.
L'identité amazighe au Maroc aujourd'hui
La reconnaissance s'est faite pas à pas :
- 2001 : création de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM).
- 2003 : le tifinagh est adopté pour écrire l'amazigh, dont l'enseignement commence dans 120 premières écoles.
- 2011 : la Constitution fait de l'amazigh une langue officielle, patrimoine commun de tous les Marocains, et son préambule cite la composante amazighe de l'identité nationale à côté des composantes arabo-islamique et saharo-hassanie.
- 2019 : la loi organique 26-16 fixe, par étapes, l'entrée de l'amazigh à l'école, dans l'administration et la vie publique.
- 2024 : Yennayer, le Nouvel An amazigh du 14 janvier, est pour la première fois un jour férié payé, après une décision royale annoncée le 3 mai 2023.
Le 14 janvier 2027, le calendrier amazigh entrera dans l'année 2977. Pour savoir comment les familles fêtent ce jour, voyez notre calendrier des fêtes et festivals au Maroc.
Ce que vous verrez de la culture amazighe en voyage
Villages et terrasses
Dans le Haut Atlas, des villages de pierre et de terre grimpent au-dessus de cultures en terrasses, noyers et pommiers, comme autour d'Imlil. Depuis le séisme de 2023, beaucoup de familles ont reconstruit en béton ; notre article sur le Haut Atlas après le séisme explique ce qui a changé et pourquoi les visites aident.
Les souks hebdomadaires
Le Maroc rural fait ses courses une fois par semaine, et beaucoup de marchés portent le nom de leur jour, en arabe. Tnine Ourika, sur la route de la vallée de l'Ourika, tient son souk le lundi (tnine), et une localité dont le nom commence par Had, Khemis ou Sebt tient le sien le dimanche, le jeudi ou le samedi. Asni, sur la route d'Imlil, a un grand souk le samedi. On y vient pour les légumes, le bétail et les articles ménagers plutôt que pour les souvenirs.
Le thé et le repas en famille
Le thé à la menthe est la première chose qu'on offre à un invité. Lors de notre excursion à Imlil, le déjeuner se prend chez la famille de notre guide, et pendant notre cours de cuisine dans l'Atlas, vous faites le pain et un tajine avec une famille amazighe, puis vous partagez le repas.
Musique et danse
Au village, la musique est collective. Dans l'ahidous, du Moyen Atlas et du Haut Atlas oriental, hommes et femmes se tiennent épaule contre épaule, en cercle ou sur deux lignes face à face, entre tambours, danse et poésie improvisée ; l'ahwach est son pendant dans l'Anti-Atlas et le Souss. Notre guide de la musique marocaine vous dit où écouter l'un et l'autre.
Tapis et argent
Les tapis amazighs sont surtout tissés par des femmes, avec des motifs qui changent d'une région à l'autre, et les bijoux en argent font partie de la parure des mariées et des femmes les jours de fête. Avant de faire vos achats, le musée des arts berbères du Jardin Majorelle est une bonne introduction aux textiles, bijoux et tapis des différentes régions.
Les familles semi-nomades
Dans le Jbel Saghro, des familles aït atta sont encore semi-nomades et déplacent leurs troupeaux d'un pâturage de saison à l'autre ; vous pourrez les croiser pendant notre trek du Jbel Saghro. Qui vit encore en mouvement, et comment rendre visite, c'est dans notre guide sur les nomades au Maroc.
Visiter les villages amazighs avec respect
Les villages sont des lieux de vie, pas des musées à ciel ouvert. Quelques habitudes simplifient la visite pour tout le monde :
- Habillez-vous pour un village : épaules et genoux couverts, pour les hommes comme pour les femmes.
- Demandez avant de photographier quelqu'un, et acceptez un refus : au village, les femmes et les personnes âgées disent souvent non. Certaines femmes âgées portent de petits tatouages sur le menton ou le front, une coutume presque disparue ; ce n'est pas un sujet de photo.
- Restez sur les chemins, et n'entrez pas dans les cours ni sur les toits sans y être invité.
- Dépensez là où l'argent reste : achetez dans les coopératives, comme la coopérative d'huile d'argan tenue par des femmes sur notre journée à Imlil, ou directement à l'artisan.
- Apprenez deux mots : azul (bonjour) et tanmirt (merci). Nos phrases utiles en arabe marocain ont une petite partie en amazigh.
- Partez avec un guide local, qui connaît les familles et les sentiers, et peut traduire.
Les vallées amazighes les plus proches sont à une heure, une heure et demie de Marrakech : notre page sur une excursion dans l'Atlas depuis Marrakech compare les options.
FAQ
Les Berbères sont-ils des Arabes ?
Non. Les Amazighs étaient en Afrique du Nord bien avant l'arrivée des armées arabes, puis de tribus arabes, à partir du VIIe siècle. Des siècles de foi, de mariages et d'histoire partagés ont mêlé les deux, beaucoup de Marocains se sentent l'un et l'autre, et la Constitution décrit l'identité marocaine comme la convergence de composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie.
Est-ce offensant de dire « berbère » ?
En général non, et vous l'entendrez au Maroc. Mais c'est un mot venu de l'extérieur, avec un écho de « barbare », et beaucoup d'Imazighen préfèrent amazigh : employez-le quand vous pouvez, surtout pour parler aux gens d'eux-mêmes.
Les Berbères sont-ils musulmans ?
Oui, très majoritairement. Les Marocains amazighs, comme les Marocains arabophones, sont musulmans sunnites de rite malékite, et l'islam s'est diffusé parmi eux à partir de la fin du VIIe siècle.
Les Berbères parlent-ils arabe ?
La plupart, oui. La darija, l'arabe marocain, est utilisée chaque jour par plus de neuf Marocains sur dix : presque tous ceux que vous rencontrerez dans un village amazigh la parlent aussi, à côté de l'amazigh à la maison.
Si vous aimeriez partager un repas avec une famille amazighe ou marcher de village en village avec un guide local, demandez-nous sur WhatsApp quelle excursion ou quel trek correspond à vos dates.

