Fêtes et traditions

Les traditions du ramadan au Maroc : le jeûne, les nuits et l'Aïd al-Fitr

Ce que représente le ramadan au Maroc et comment les familles le vivent : le nafar avant l'aube, le ftour, la 27e nuit, le premier jeûne des enfants et l'Aïd al-Fitr.

Par Ismail8 min de lecture

Morceaux d'encens colorés entassés dans des cagettes en carton sur un étal de marché marocain, avec de la fumée qui s'élève d'un brûle-parfum en terre cuite, en vente avant la 27e nuit du ramadan
Photo: مصطفى ملو / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons

Au Maroc, le ramadan est un mois de jeûne le jour, de famille, de prière et de longues soirées la nuit. On prend un repas léger avant l'aube, on rompt le jeûne ensemble au coucher du soleil avec le ftour, puis les mosquées se remplissent pour les longues prières du soir ; le mois culmine avec la 27e nuit, où l'on fête les enfants qui jeûnent pour la première fois, et s'achève avec l'Aïd al-Fitr. En 2027, le ramadan est attendu du 8 février au 9 mars environ.

Voici ce que signifie ce mois et ce que vous verrez et entendrez sur place. Ce qui change pour votre voyage, des repas aux horaires en passant par l'alcool et les transports, est expliqué dans notre guide pratique pour voyager au Maroc pendant le ramadan.

Le ramadan en bref

Le ramadan est le neuvième mois du calendrier musulman, celui au cours duquel, selon le Coran, sa révélation a commencé. Le jeûne de ce mois est l'un des cinq piliers de l'islam : de l'aube au coucher du soleil, les musulmans qui en sont capables ne mangent pas, ne boivent pas (pas même d'eau), ne fument pas et n'ont pas de relations sexuelles. Les Marocains entourent ce mois d'un tel respect qu'ils l'appellent souvent Sidna Ramadan, à peu près « notre seigneur Ramadan ».

Tout le monde ne jeûne pas. Les enfants n'y sont pas tenus avant la puberté ; les malades et les voyageurs rattrapent les jours plus tard, comme le Coran le permet ; les femmes enceintes ou qui allaitent et craignent pour leur santé, ainsi que les femmes pendant leurs règles, en sont aussi dispensées.

L'année musulmane suit la lune : le ramadan commence donc environ 11 jours plus tôt chaque année. Le Maroc s'en remet à sa propre observation du croissant : le soir du 29e jour du mois précédent, le ministère des Habous et des Affaires islamiques réunit les rapports de ses observateurs dans tout le pays et annonce si le jeûne commence le lendemain. En 2026, le ramadan a débuté le jeudi 19 février au Maroc, un jour après l'Arabie saoudite, et a duré 29 jours, avec l'Aïd al-Fitr le vendredi 20 mars.

Prévu en 2027
Premier jour de jeûne lundi 8 février
La 27e nuit (Laylat al-Qadr) soir du vendredi 5 mars (notre estimation)
Aïd al-Fitr mercredi 10 mars

L'essentiel du mois tombe en février : notre guide du Maroc en février détaille la météo et tout ce qui se passe à cette période. La place de l'islam dans la vie de tous les jours, de l'appel à la prière aux mosquées que l'on peut visiter, est expliquée dans notre guide sur l'islam au Maroc.

Une journée de ramadan dans une ville marocaine

Avant l'aube : le shour et le nafar

La journée commence dans la nuit avec le shour (ou s'hour), un repas léger pris avant la prière de l'aube : pain, lait, yaourt, parfois une soupe d'orge. Depuis des générations, dans les vieilles médinas, c'est le nafar (on écrit aussi neffar) qui réveille les familles pour ce repas : un homme en djellaba et tarbouche rouge qui parcourt les ruelles en soufflant dans une longue trompe de cuivre, parfois accompagné d'un joueur de tambour. Le rôle est saisonnier : il apparaît pour le ramadan, disparaît dès l'annonce de l'Aïd, et les familles le remercient en fin de mois de quelques pièces ou d'un petit cadeau.

Réveils et téléphones l'ont rendu rare, mais la coutume survit dans certains quartiers des médinas de Fès, Marrakech, Rabat et Salé. À Taroudant, le nafar monte encore chaque nuit du mois au minaret de sa mosquée, et sonne aussi la fin des prières du soir. Si votre riad se trouve dans une vieille médina, vous l'entendrez peut-être au cœur de la nuit.

La journée : matins calmes, après-midi animés

Les matinées sont calmes, et beaucoup de boutiques ouvrent plus tard que d'habitude. La ville s'éveille l'après-midi, quand chacun sort acheter le pain, les dattes et les msemen du soir. Les pâtisseries croulent sous la chebakia, le gâteau du ramadan en forme de fleur, frit puis trempé dans le miel, et bien des familles la préparent elles-mêmes, avec le sellou, un mélange de farine grillée, d'amandes et de sésame. Dans la dernière heure avant le coucher du soleil, les boulangeries sont prises d'assaut et tout le monde rentre à la maison.

Le coucher du soleil : le ftour

Pendant quelques minutes, autour du coucher du soleil, les rues se vident presque entièrement. L'appel à la prière du maghrib, et dans certaines villes une sirène, marque la fin du jeûne. Les familles le rompent ensemble avec des dattes et du lait ou de l'eau, puis la harira, la soupe de tomates, de lentilles et de pois chiches qui ouvre le ftour. Le reste de la table, des œufs durs aux baghrir, est décrit dans notre guide du petit-déjeuner marocain.

Le soir : les tarawih et les longues soirées

Après la dernière prière de la journée viennent les tarawih, de longues prières surérogatoires pendant lesquelles on récite de larges passages du Coran. Les grandes mosquées débordent et les rangs de fidèles sur leurs tapis se prolongent dehors : des milliers de personnes prient chaque soir sur l'esplanade de la mosquée Hassan II à Casablanca, et à Marrakech les fidèles se rassemblent autour de la Koutoubia. Contournez les rangs sans jamais les traverser, et ne photographiez pas les gens en prière.

Puis la ville veille tard. Les familles rendent visite à leurs proches et regardent ensemble les séries télévisées du ramadan, les cafés et les places se remplissent ; à Marrakech, la place Jemaa el-Fna reste animée bien après minuit.

Laylat al-Qadr, la 27e nuit

Laylat al-Qadr, la Nuit du destin, commémore la nuit où a commencé la révélation du Coran, que le Coran lui-même dit « meilleure que mille mois ». Elle tombe pendant l'une des dix dernières nuits du ramadan, et la plupart des Marocains la célèbrent la 27e : la nuit entre le 26e et le 27e jour du jeûne. En 2026, c'était le soir du 16 mars ; en 2027, si le ramadan commence le 8 février, ce devrait être le soir du vendredi 5 mars.

C'est la nuit la plus fervente du mois, et les mosquées restent pleines jusqu'à l'aube. À la maison, on fait brûler de l'encens, que les souks vendent en tas les jours précédents, comme sur notre photo de couverture. Après les prières, les familles se retrouvent autour d'un couscous, souvent aux sept légumes, qu'elles partagent avec les voisins ou dont elles portent une part à la mosquée.

Le premier jeûne des enfants

C'est aussi la nuit des enfants. Beaucoup d'enfants marocains font leur première journée complète de jeûne le 27, et les familles la fêtent presque comme un petit mariage :

  • Les filles portent un caftan ou une takchita et ont les mains décorées au henné ; certaines sont habillées et couronnées comme de petites mariées par une neggafa, la femme qui pare les mariées, puis portées sur une amaria, le palanquin nuptial.
  • Les garçons portent une djellaba ou un jabador, un tarbouche rouge et des babouches jaunes (balgha), et certains montent un cheval paré.
  • La rupture du jeûne : l'enfant commence par des dattes et du lait, souvent avec un œuf dur ; dans certaines familles, en haut d'une échelle en bois, signe d'élévation vers Dieu.
  • Photos et cadeaux : les studios photo ne désemplissent pas ce soir-là, et les enfants reçoivent de petits cadeaux ou un peu d'argent.

Ces vêtements sont présentés dans notre guide des vêtements traditionnels marocains.

Donner : la zakat al-fitr et les ftours partagés

La générosité fait partie du jeûne. Avant l'Aïd, chaque musulman qui jeûne verse la zakat al-fitr, une aumône fixée, pour lui-même et pour toutes les personnes à sa charge, afin que les familles pauvres puissent faire la fête elles aussi. Le Conseil supérieur des oulémas en fixe le montant chaque année : en 2026, 25 dirhams (environ 2,30 €) par personne, soit la valeur d'environ 2,5 kg de céréales, à verser en nature ou en argent jusqu'à trois jours avant l'Aïd, chacun pouvant donner davantage. Le montant de 2027 sera annoncé vers la fin du mois.

Chaque ramadan, la Fondation Mohammed V pour la solidarité distribue des paniers de farine, d'huile, de sucre, de lentilles et de thé : en 2026, sa 28e opération nationale a bénéficié à quelque 4,36 millions de personnes. La Garde royale sert des repas de ftour à des familles dans le besoin dans plusieurs villes, dont Marrakech, et des associations apportent le repas du soir aux sans-abri.

L'Aïd al-Fitr : la fin du jeûne

Le soir du 29e jour, les observateurs cherchent de nouveau le croissant de lune : s'il est vu, le lendemain est l'Aïd al-Fitr ; sinon, le jeûne dure 30 jours. Les Marocains l'appellent l'Aïd sghir, le « petit Aïd », et il donne lieu à deux jours fériés.

  • La prière : la journée commence peu après le lever du soleil par la prière de l'Aïd, à la mosquée ou au msalla, un lieu de prière en plein air.
  • Des habits neufs : les enfants reçoivent une tenue neuve, la priorité de la saison pour bien des parents, et les adultes sortent leur plus belle djellaba, leur jabador ou leur caftan ; les tailleurs travaillent tard dans la nuit qui précède.
  • Un petit-déjeuner sucré : plus de harira. Sur la table, msemen, baghrir au miel, pâtisseries et thé à la menthe.
  • Les visites : les jeunes rendent d'abord visite aux aînés, les voisins échangent des assiettes de gâteaux et les enfants récoltent un peu d'argent auprès de la famille. On se salue d'un « Aïd moubarak » ou du marocain awashrkum mebrouka.

Le matin de l'Aïd, la plupart des boutiques ferment et même les taxis se font rares, tandis que cars et trains sont pleins les jours qui précèdent et qui suivent. L'Aïd al-Fitr 2027 est attendu le mercredi 10 mars, et notre guide du Maroc en mars couvre le reste du mois. L'autre grande fête, l'Aïd al-Adha, suit une dizaine de semaines plus tard, et toutes les dates de l'année figurent dans notre calendrier des fêtes et festivals du Maroc.

Être un bon invité pendant le ramadan

On n'attend pas des visiteurs non musulmans qu'ils jeûnent. Mangez, buvez et fumez discrètement pendant la journée, à l'écart de la rue, et soyez patient en fin d'après-midi, quand la fatigue se fait sentir. Souhaitez un « Ramadan moubarak » ou un « Ramadan karim » ; quelques autres mots utiles figurent dans nos expressions en arabe marocain. Si une famille vous invite à partager le ftour, c'est un véritable honneur : acceptez chaleureusement, arrivez avant le coucher du soleil et apportez des dattes ou des pâtisseries. Le reste des usages est dans notre guide du savoir-vivre au Maroc.

Curieux de comprendre ce que vous voyez dans la rue ? Lors d'une visite guidée privée de Marrakech, votre guide peut vous expliquer ces coutumes en parcourant la médina ; écrivez-nous sur WhatsApp pour vos dates.

Les circuits cités dans cet article

Le minaret de la Koutoubia se découpant sur un ciel orangé au coucher du soleil à MarrakechJournée complète (demi-journée possible)

Visite guidée privée de Marrakech

Palais, tombeaux, souks et place Jemaa el-Fna avec un guide local privé qui connaît la médina par cœur.

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